crédit photo : Laure Morali

BIOGRAPHIE

Aujourd’hui, Joséphine porte les chapeaux d’écrivaine, poétesse, conteuse, conférencière, cinéaste, enseignante de la langue innue.

Elle est récipiendaire d’un doctorat honoris causa en anthropologie de l’Université Laval, est nommée Officière de la Ville de Montréal et Compagne des Arts et des Lettres du Québec.

Considérée comme ambassadrice de la culture innue à travers le monde, Joséphine est devenue poétesse par accident. Son amie Laure Morali, poétesse et auteure, a récupéré puis transcrit les vers que Joséphine laissait au dos de factures, paquets de cigarettes et serviettes de papier au fond de son sac à main et les a assemblés dans ce qui est devenu Bâtons à messages / Tshissinuatshitakana, son premier recueil, publié chez Mémoire d’encrier.

Née en 1947 en pleine forêt, dans un campement nomade, Joséphine est originaire de la communauté innue de Pessamit. “Dans ce temps-là, on naissait en mouvement.”

Ayant grandi au pensionnat Notre-Dame de Maliotenam de 5 ans à 18 ans, loin de sa communauté natale de Pessamit, la jeune Joséphine connaissait mal les légendes et le vocabulaire propre à sa culture et aux anciens. Toutefois, elle retient de cette éducation une grande maîtrise de la langue française, qu’elle transforme en force positive au cours du reste de sa vie.

Joséphine a eu le plaisir d’accompagner anthropologues et cinéastes dans les communautés à la rencontre d’aînés.

Au gré de ces rencontres, elle devient pendant plus de 40 ans une inestimable traductrice et interprète innue. Ce faisant, elle apprend alors les mythes, l’histoire et réapprend sa langue maternelle. Elle dit avoir reçu la parole des anciens à force d’écouter les transcriptions des récits. Elle avait l’impression qu’ils lui parlaient directement.

 

Joséphine est arrivée dans les années 1960 à Montréal. Le quotidien de la ville est fait de pauvreté et de précarité, comme c’est le cas pour de nombreuses personnes des Premières Nations qui quittent leur communauté pour aller vivre en ville. À Montréal, elle mène une vie difficile, et peine à payer ses factures, ou le loyer de son appartement délabré. Malgré tout, la solidarité de ses amis lui permet de sortir la tête de l’eau.

Dans son travail, on retrouve l’angoisse de la faim qu’elle a vécue à cette époque, la faim qui a aussi touché son peuple à travers les générations.

Joséphine Bacon dit souvent d’elle-même qu’elle n’est pas poète, mais que dans son coeur nomade et généreux, elle parle un langage rempli de poésie où résonne l’écho des anciens qui ont jalonné sa vie.

Elle a écrit son premier recueil Bâtons à message / Tshissinuashitakana (2009) en pensant à ces nomades amoureux des grands espaces, et a reçu le Prix des lecteurs du Marché de la poésie de Montréal en 2010 pour son poème « Dessine-moi l’arbre ». Elle a publié Nous sommes tous des sauvages (2011) en collaboration avec José Acquelin  et Un thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat (2013), qui a été Finaliste au Prix du Gouverneur général et Finaliste au Grand Prix du livre de Montréal. Son plus récent recueil Uiesh, Quelque part (2018), dont le titre fait écho à sa vie de nomade qui a marché longtemps la ville. Tous ses recueils ont été publiés aux éditions Mémoire d’encrier. En 2017, Joséphine a reçu le prix International Ostana et en 2019, elle est devenu la première autochtone à recevoir le prix Samuel de Champlain pour le Canada.

© 2019 Joséphine Bacon